La commande Nouveaux commanditaires

Un groupe d’enseignantes en lettres classiques et modernes de différents établissements scolaires (collèges, lycées) de la ville de Marseille se trouvent réunies autour du projet de « Maisons de la Sagesse », porté par l’Académicienne philosophe, philologue et helléniste, Barbara Cassin. Elles mettent alors collectivement en débat et réflexion des questions de traduction, de multilinguisme et de diversité culturelle. Accueillant des classes caractérisées par la multiplicité et la diversité des langues et des cultures, ce projet est pensé dans une perspective de savoir-faire avec les différences, allant contre toute prétention universaliste de la langue.

Cette commande Nouveaux commanditaires permet d’embrasser ensemble – enseignantes, parents d’élèves, inspectrices académiques, chercheuse – avec les élèves, une démarche d’attention à leurs langues (plus de 30 langues sont parlées par les élèves au Collège Vieux Port par exemple), à la traduction, à l’interprétation, leur rappelant ainsi que « chaque langue est elle-même une performance différente, un filet qui ramène d’autres poissons, et construit autrement le monde » (Barbara Cassin, in Éloge de la traduction. Compliquer l’universel, Paris, Fayard, 2016).

Établissements scolaires concernés par la commande :
Collège du Vieux Port
Lycée Victor Hugo
Lycée professionnel René Caillié, classe PAPS (Plateforme Académique de Première Scolarisation)

Partenariats et soutiens :
En partenariat avec l’Académie d’Aix-Marseille
Avec le soutien du FRAC PACA et du Géant des beaux-arts

Suivre les étapes du projet sur le site internet de l’artiste :
Cliquez ici

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La commande s’articule autour de 3 enjeux principaux :
– Les mots et les langues comme objets migrateurs

– Impliquer ensemble le corps enseignant, les élèves et les familles
– Se matérialiser sous forme d’une œuvre non close (energeia plutôt que ergon)

Au-delà des impératifs normatifs du système académique et des injonctions sociétales à l’intégration qui passent bien souvent par la pratique de la langue du pays d’accueil, les commanditaires souhaitent valoriser les langues de l’exil ou du déplacement, leur accorder une place de choix et de fierté pour celles et ceux qui les font vivre. Bousculer ce rapport à la transmission, c’est inciter les enfants à prendre la main sur la dynamique de transmission/apprentissage, à trouver les mots pour le dire, à s’inscrire dans l’échange, la circulation, le partage, la médiation.

Pour reprendre les mots de Barbara Cassin, « Les grandes villes rassemblent chaque jour davantage de populations de cultures différentes, migrants, émigrés, exilés, étudiants étrangers, etc. ; si nos villes veulent définir une politique d’hospitalité de notre temps et faire en sorte que les différences soient des sources nouvelles de créativité sociale, artistique, scientifique et intellectuelle, il leur faut se lancer dans une entreprise de valorisation des cultures sans hiérarchie de « valeur ». Etre bien dans sa culture d’origine, la sentir valorisée, permet d’embrasser une nouvelle culture et d’en devenir un acteur.»

Le projet en temps de confinement…

L’artiste Marianne Mispelaëre, qui a été choisie par les commanditaires pour prendre en charge cette commande, devait venir en résidence à Marseille en avril et mai 2020. Suite au confinement, nous avons dû adapter les modalités de travail, de maintien du lien, de collaboration.
Marianne Mispelaëre a proposé aux enseignantes un ensemble de rendez-vous réguliers avec leurs élèves (niveau Collège).
Nous partageons ici les vidéos de présentation réalisées par l’artiste à leur intention :

Mises en ligne : le 08/04/20


partie 1 (introduction à ma démarche artistique)

PARTIE 1 – présentation du projet et de mon travail aux élèves from Mispelaëre on Vimeo.

partie 2 (introduction au processus créatif et aux questions soulevées dans le projet)

PARTIE 2 – présentation du projet et de mon travail aux élèves from Mispelaëre on Vimeo.


partie 3 (présentation de trois oeuvres faisant déjà partie de mon travail)

PARTIE 3 – présentation du projet et de mon travail aux élèves from Mispelaëre on Vimeo.


Atelier : les réponses de Laiba et Mamady

« Plusieurs classes sont mobilisées au sein de cette commande Nouveaux commanditaires. L’une d’entre elles est une classe UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) : les élèves résident en France et apprennent le français depuis moins d’une année. J’ai été particulièrement soufflée par leur assiduité et leur enthousiasme tout au long de nos rendez-vous virtuels. L’un des ateliers que nous avons mené consistait à utiliser la métaphore pour parler des langues qu’ils et elles parlent : “Si ma langue était une couleur“…. “Si ma langue était une odeur“… “Si ma langue était un objet“… “Si ma langue était une personne…“ Je donne ici à entendre les réponses de Laiba et de Mamady, avec leurs joyeuses autorisations.

Le projet que nous développons ensemble – artiste, élèves, enseignantes, expertes en linguistique, parents etc – suggère l’échange, la relation, la conversation comme territoire de l’art. L’œuvre se développe grâce aux expériences vécues ou transmises des élèves, par le débat d’idée, la découverte de l’expérience de l’autre. C’est justement en ces temps de confinement et de solitude, mais aussi de peur et de repli quant à notre futur collectif, que nous avons besoin de connaître l’autre, d’échanger, d’ouvrir les perspectives, de multiplier les récits. Ce projet est resté une priorité pour les enseignantes comme pour les élèves, et a littéralement rythmé ma vie pendant le confinement. »

Marseille. Les langues comme objets migrateurs. from Mispelaëre on Vimeo.


L’artiste Marianne Mispelaëre

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Marianne Mispelaëre (1988), vit et travaille à Aubervilliers.

« Avec pour principal champ d’action le dessin, je produis et reproduis des gestes concis, simples et précis, inspirés de phénomènes actuels et sociétaux. Des gestes éphémères (un simple tracé de lignes sur un mur ou l’oxydation d’une plaque de cuivre manipulée) deviennent des métaphores pour m’aider à penser le monde, les relations sociales, le langage et les systèmes de communication. Je tente de repenser la structure du langage, ses formes conventionnelles, les pratiques langagières, et d’y imprimer la trace du corps. J’observe les processus d’invisibilité orchestrés au sein de nos sociétés contemporaines : invisibilité de certains corps, de certains récits, paroles tues, espaces publics disparues.
Quels rôles occupe l’invisible pour nous aider à lire le monde ? Quels langages pour écrire ces invisibilisations ? Comment raconter ? Quels signes pour lutter contre / comprendre ces processus d’invisibilité ? Comment le silence, la discrétion, peuvent-ils à leur tour formuler des formes alternatives de résistance ? Comment s’inscrire dans l’ici et maintenant, entrer en relation avec l’autre, susciter une action, révéler un désir, donner l’impulsion ?
J’observe notre temps présent, où se conjuguent effondrements et soulèvements des corps, mises en actions collectives et engagements singuliers, pris dans des entrelacs de forces sociales, politiques, culturelles et historiques. (…)»


Diplômée de l’ESAL d’Épinal depuis 2009 et de la HEAR de Strasbourg depuis 2012, Marianne Mispelaëre travaille et expose en France et à l’étranger, récemment au Palais de Tokyo (Paris), au CND Centre National de la Danse (Pantin), à la galerie Salle Principale (Paris), à la Fondation Art Encounters (Timisoara). Elle travaille actuellement sur une commande relevant du 1% culturel en Bretagne, dont l’inauguration est prévue en 2021.
Marianne Mispelaëre a bénéficié d’une résidence de six mois à Berlin grâce au programme de la Christoph Merian Stiftung (Bâle, Suisse) en 2016 ; elle a été invitée à travailler à Baltimore et à Standing Rock (USA) en 2017, ainsi qu’à Brazzaville (République du Congo) en 2018. Son travail a été récemment nominé au prix LEAP (Luxembourg, 2018), et au prix AWARE par Hélène Guenin (Paris, 2018). Elle a obtenu le Grand Prix du Salon de Montrouge 2017, donnant lieu à une exposition personnelle au Palais de Tokyo en 2018, « On vit qu’il n’y avait plus rien à voir ».
Marianne Mispelaëre a co-fondé et a co-dirigé la maison d’édition Pétrole Éditions et la transrevue TALWEG entre 2013 et 2018. Elle écrit en qualité d’auteure au sein de différents contextes.

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Le protocole Nouveaux commanditaires

Depuis le début des années 1990, l’action Nouveaux commanditaires initiée par la Fondation de France, permet à des citoyennes et citoyens confrontés à des enjeux de société ou de développement d’un territoire, d’associer des artistes contemporains à leurs préoccupations en leur passant commande d’une œuvre.

Son originalité repose sur une conjonction nouvelle entre trois acteurs privilégiés : l’artiste, le citoyen commanditaire et le médiateur culturel agréé par la Fondation de France, accompagnés des partenaires publics et privés réunis autour du projet.

Thankyouforcoming est médiateur agréé par la Fondation de France pour développer l’action Nouveaux commanditaires.

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