Gaël GRIVET
Né en 1978, vit et travaille à Genève. 

http://www.gaelgrivet.com/

Artiste proposé par Bénédicte Le Pimpec :

Perché sur un tabouret, lui-même posé sur une table au premier étage de la Tour Eiffel, François Reichelt, affublé d’une grande cape, hésite avant de sauter dans le vide. Tailleur pour dame au début des années 1900 à Paris, Reichelt est passionné par l’aviation, alors en plein essor, et tente depuis plusieurs années de confectionner un parachute susceptible de sauver la vie des pilotes.
Testant ici la dernière version de son invention, Reichelt meurt écrasé sous les yeux du public et des caméras massés sur le parvis de la Tour Eiffel.
Gaël Grivet s’empare de l’histoire pour l’anecdote et utilise l’un des détail du film tourné ce jour : alors qu’un groupe d’hommes transporte le corps du tailleur dans un linceul, un autre s’affaire autour de la trace laissée par le malheureux dans le sol gelé. A l’aide de deux sommaires bâtons de bois, ils en mesurent la longueur et la profondeur et exposent à la caméra les -14cm creusés par l’impact du corps.
De cette scène étrange, Grivet en extrait la mesure, et l’utilise comme point d’origine d’un nouveau système métrique. Sur chacune de ses règles, équerres, réglets ou mètres rubans, le zéro est remplacé par l’unité quatorze. La quantité d’outils de mesure produite invente une nouvelle norme, en parallèle au système métrique conventionnel.
En 1792, les astronomes et mathématiciens Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre s’attellent à définir une unité de mesure « universelle », basée sur l’arc du méridien compris de Dunkerque à Barcelone. A la suite de leurs calculs, il fût communément admis qu’un mètre est la dix millionième partie d’un quart de méridien terrestre. Cette définition fût mainte fois remise en question, jusqu’à celle de 1983 que nous utilisons toujours aujourd’hui : soit un mètre la longueur du trajet parcouru dans le vide par la lumière pendant une durée de 1/299 792 458 seconde.
En proposant un nouveau point d’origine à ces règles, Gaël Grivet propose un système métrique basé sur le sensible d’une expérience humaine et non sur une valeur naturelle dont l’origine mathématique reste largement obscure pour le tout-venant. Amputés de quatorze centimètres, ses objets anecdotiques rendent compte d’un événement et questionnent l’origine de la mesure étalon.

Genève, Eté 2012

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Critique et commissaire indépendante, Bénédicte Le Pimpec est diplômée de l’école européenne d’art de Brest et de la HEAD-Genève. Elle est actuellement assistante de l’option information-fiction à la HEAD-Genève et poursuit ses recherches pré-doctorales sur les relations entre artistes et historiographie.

Site internet de Bénédicte Le Pimpec

Grivet Gaël, 14 cm, 2011 – 2012,
règles modifiées,
dimensions variables.