Gabrielle Le Bayon
Et même impensable

Une proposition de Claire Migraine / thankyouforcoming

Vernissage le samedi 19 septembre à 18h00
Exposition du 23 septembre au 11 octobre 2015
! PROLONGATION jusqu’au 17 octobre 2015  !

DOSSIER DE PRESSE
Lire l’entretien avec l’artiste

Le 22
22 rue de Dijon
06000 Nice
Ouvert du mercredi au samedi de 15h à 19h
et sur rendez-vous

Exposition dans le cadre de Market Zone,
avec le généreux soutien du Géant des Beaux-Arts

Gabrielle Le Bayon travaille principalement en vidéo et photographie et mène une réflexion sur notre position au quotidien dans un environnement domestique et politique.
La mythologie, le paysage comme histoire et l’identité politique et de genre sont au coeur de son travail. Elle construit ainsi une narration fragmentée qui s’appuie sur les notions de résistance, de désir de communauté humaine. Ses gestes d’expérimentation esthétique et l’environnement se rencontrent pour développer de nouvelles formes, où l’exploration de l’espace repose sur des interconnexions multiples entre espaces littéraires et espaces réels.

Gabrielle Le Bayon (1981, Paris) a obtenu son MA Photography du Royal College of Art en 2012. Elle est représentée par Open Gallery à Londres. Ses films ont été présentés au W139, Amsterdam ; Institute of Contemporary Art, Londres ; Vitrine Gallery, Londres ; MACBA, Buenos Aires ; AIOP, New York ; Jeune Création, 104, Paris ; Sheffield Fringe, Sheffield UK ; Platoon Kunsthalle, Berlin. En 2012 Le Bayon a été invitée à faire un workshop à l’université Miman Sinar d’Istanbul. Elle a été en résidence à School of Visual Arts, New York ; Astérides, Marseille ; Homesession, Barcelone, et a participé au 2ème séminaire du festival d’Oberhausen.

Projections des films de l’artiste (français et anglais)
Rdv à 19h00 à la galerie  

Jeudi 24/09 et Jeudi 01/10
Menhir, 2015, 4’48 »
Antigone Millennium, 2012, 31’06 »

Vendredi 25/09 et Jeudi 08/10
Tendres pâturages, 2014, 6’06 »
Image of a City (Image d’une ville), 2011, 11’11 »
In Ecstasy, 2015, 6’06 »

Samedi 26/09 et Samedi 10/10
Retour, 2014, 21’55 »
+ exceptionnellement le 10/10, projections sur demande toute l’après-midi

Lorsque tu parles de ton travail cinématographique, tu évoques le processus de narration qui accompagne l’écriture de tes scenarii : histoires, dramaturgies, mythologies, légendes y trouvent leur place voire leur cadre, tout en en négociant le hors-champ.
Les photographies que tu présentes à la galerie le 22 à Nice dans l’exposition Et même impensable, relèvent d’un autre mode d’enregistrement puis de composition, qui me semble beaucoup plus libre et intuitif, moins organisé. Comment relies-tu ces différentes pratiques que tu mets en œuvre ?

Le processus qui amène à la réalisation d’un film est pour moi comme une méthode d’écriture au sens pasolinien de caméra littéraire, et de cinéma poétique. C’est un processus qui s’attache à des moments de l’histoire par les histoires, à travers les mythes et la littérature. Cependant je m’aperçois que ces moments ne sont pas des choix hasardeux ou anodins, car je m’intéresse à ce qui a trait à notre volonté et désir pluriel de communautés humaines. Dans mon film Retour, par exemple, qui s’inspire de la toute fin de L’Odyssée d’Homère, j’ai centré la narration autour du désir d’Ulysse de rejoindre les siens, une communauté d’esprits avec un même système de valeurs et une même représentation de la vie. Et dans Antigone Millennium qui reprend une partie de l’Antigone de Brecht, j’ai voulu me pencher sur la pertinence et la contemporanéité de l’appel d’Antigone à une dimension politique fondée sur un ordre économique qui ne tient pas sur le pouvoir social pur mais qui revendique son existence ici et maintenant. Antigone fait resurgir le désir d’un nouvel espace commun partagé, comme la Commune de 1871 a fait resurgir le sens de ce qu’était le désir de la commune au Moyen Age. Le désir d’un espace commun partagé semble resurgir au fil de l’histoire. C’est ce qu’Antoni Negri définit par le concept de « multitude », une volonté à définir un espace de regroupement autonome, un fondement théorique qui remet en cause l’idée de souveraineté. Cet espace autonome est à la fois un espace géographique et conceptuel, terrien et immatériel, réel et fictif. Dans mes films je tente de poser des parallèles entre le désir de se tenir « en commun » face au monde et la volonté de composer d’autres mondes, de poser la question du « vivre ensemble » autour des notions de langage et de territoire. 

Mon approche photographique est liée à ma démarche cinématographique dans le sens où il s’agit ici aussi d’une forme d’écriture qui tente de développer un langage de la réalité. Ce rapport à l’écriture de l’image permet de questionner la place de la narration dans ma pratique en général, et son potentiel à former une vision autonome. Créer des fictions ne signifie pas raconter des histoires. Cela signifie défaire et réarticuler la connexion entre les signes et images, les images et le temps, ou des signes et des espaces qui encadrent le sentiment existant de la réalité. Dans mes films, la camera repose sur le réel et les moments physiques, naturels, quotidiens des personnages. Et je pense qu’il en va de même dans mes photos où je pose des liens entre quelque chose de visible et entre différents espaces et différents moments. C’est une approche qui tente de relever les signes qui relient l’art au politique, et leurs potentiels à se projeter au-delà du présent.

Extrait de « Créer des fictions ne signifie pas raconter des histoires »,  entretien entre Gabrielle Le Bayon et Claire Migraine, réalisé à l’occasion de l’exposition Et même impensable, Le 22, Nice, Septembre 2015.
Télécharger l’entretien complet ici