MARION ROBIN
en résidence sur la Côte d’Azur
,
Fin février 2019

 

MARION ROBIN
Née en 1981, vit à Clermont-Ferrand.

Marion Robin a été accueillie par thankyouforcoming à Nice fin Février 2019.

Son projet s’est orienté vers une recherche autour des sites-terrains de jeu des artistes du groupe Supports/Surfaces, notamment les expositions de plein air comme les rencontres poétiques de Coaraze en 1969, “ouvertes parmi les oliviers, les cigales et les vieilles pierres” avec la complicité des habitants et du maire du village et Intérieur/Extérieur, en été 1970, dans divers lieux du Sud de la France (N204, km.13,5 à partir de Nice, Parc-de-Vaugrenier, lit du Paillon au pont de Peille, fond de la baie de Villefranche, pré de Levens, carrière à Aubais, plage de Maguelonne…), entre les frontières italiennes et espagnoles.

Marion Robin mène une pratique in situ. Ses propositions exposent une relation de dépendance aux lieux dans lesquelles elles s’inscrivent. Elles donnent l’occasion, à partir de ce qui est observé sur place, d’une expérience visuelle et physique d’un lieu, où la méthode de travail et les moyens utilisés sont volontairement transparents. Les points de départ sont souvent des détails architecturaux, des motifs décoratifs, des tableaux, des histoires, qui extrapolés, répétés, spatialisés, anticipent et jouent avec la présence des visiteurs.

« Le 10 janvier 2019

À l’intention de thankyouforcoming,
je me permets de vous faire parvenir un dossier,
en retour de la proposition que vous avez formulée
et qui m’est parvenue par un bon ami Fabrice Gallis.

J’ai bien compris le cadre que vous offrez
et je serais très heureuse d’y prendre part,
avec la volonté de “décrocher” un temps
de mes engagements quotidiens et chronophages
(l’enseignement et l’engagement associatif)
et être disponible à temps plein pour mon travail personnel,
autant que pour la découverte de projets, artistes et lieux niçois.

Je travaille in situ, et bon nombre de propositions
sont allées de pairs avec l’élan de la découverte d’un lieu.
A priori, et cela reste à confirmer, l’appartement
que vous mettez à disposition pourrait peut-être devenir
un sujet un soi et le support d’interventions réversibles,
si il s’y prête, si vous en êtes d’accord, etcétéra.

Je vous remercie de votre attention
et espère vous rencontrer bientôt,
à cette occasion ou d’autres à venir,

bien à vous,

Marion Robin

Le 8 février 2019

Bonsoir Claire,

j’espère que tu vas bien.

En réfléchissant un peu plus en avant à cette résidence à Nice, et en revoyant les images de l’appartement (qui ne génèrent pas d’envie immédiate, à part celle d’y être bien et de trouver un peu de repos !) je me disais que ce serait peut-être intéressant de retourner sur les lieux d’expositions de plein air du groupe Supports/Surfaces.

Je vais essayer de faire la liste de ces lieux dans les environs de Nice. Les prairies, les plages !
Peut-être d’ailleurs en connais-tu certains ?

Ça me plairait assez de les découvrir et peut-être, si toutefois ça aboutissait à un travail, de le générer avec une économie de moyen équivalente à la leur et à laquelle je suis sensible. Aussi, ça serait l’occasion pour moi de marquer cette filiation, qui est peut-être jusque-là une influence invisible de mon travail.

Je voulais te tenir au courant de cette possible nouvelle direction. Tout ça me fait penser que je vais bien venir en voiture. Est-ce que c’est compliqué de trouver des parking gratuits à Nice ?

Merci pour tout cela,
J’ai hâte !

Marion

Le 9 avril 2019

Bonjour Claire,

j’espère que tu vas bien.

Je prends enfin le temps de te faire un retour en image de ma résidence à Nice, qui m’a permis, comme tu le sais, de me faufiler sur les traces des artistes de Supports/Surfaces, à leur début, quand ils ont pensé tout en même temps, leurs œuvres et les lieux où elles s’inscrivaient, en recul des institutions et lieux de grande visibilité. Les plages donc, les villages de l’arrière-pays niçois, les terrains vagues…
C’est la curiosité qui a été le moteur.
Le travail s’est déroulé in situ, dans les images.
J’ai à plusieurs reprises essayé de retrouver leurs cadrages, leurs prises de vue.

Par exemple le grand pré à l’entrée de Levens, où se déroule aujourd’hui de multiples activités, foot et vide-greniers.
Le voici photographié par Bernard Pagès avec une de ses œuvres, constituée de deux tôles juxtaposées et barres de bois, lors de l’exposition Intérieur/Extérieur, le 12 juillet 1970 et puis, 49 ans après, sous le ciel bleu de février !

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Idem avec des œuvres photographiées d’André Valensi et Bernard Pagès, présentées aussi à l’occasion de l’exposition Intérieur/ Extérieur. Je n’ai pas réussi à retrouver le point de vue de la photographie sur la grande rade de Villefranche-sur-Mer, alors j’ai fonctionné autrement : j’ai trouvé un parasol !

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Et puis là, c’est à Coaraze, sur les traces de Vincent Bioulès.

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Il se trouve qu’en déambulant dans ce petit village perché et labyrinthique, j’ai trouvé un tas de bois, dans l’angle d’une rue. Quelqu’un devait avoir fait des travaux. Dans ce tas de bois, il y avait des carrelets, j’ai décidé d’en peindre 4, en bleu, rouge, jaune et vert, comme ceux que Vincent Bioulès avait présentés pour les rencontres poétiques de 1969.
Après les avoir peints, je les ai baladés dans le village, testés dans la même ruelle, celle qui mène à la place de l’église. Je les ai laissés là un temps, pour finalement les remettre dans le tas, où je les avais trouvés, comme mémoire.

La deuxième fois où je suis allée à Coaraze, sur la place de l’église, un employé de la municipalité refaisait le pavement.
J’ai attendu la fin de la journée et de sa journée, pour légèrement déplacer les pierres à l’emplacement d’une œuvre de Bernard Pagès, de sa série Arrangements, qu’il avait présentée sur ces mêmes marches, en 1969.

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Et puis, il y a aussi cette image, avec toute la clique :
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J’ai fait des images de chacun de leur point de vue, de ce que chacun semble regarder sur cette image.
Ça balaye la place du regard (qui était donc en travaux) et les alentours.
Je pense faire un film avec l’aide de mon compagnon, qui intercalera mes images dans celle-ci, un travail de montage.
À suivre donc…

J’espère que tout va bien de ton côté.
Je te remercie encore pour ton accueil à Nice.
Continue à me tenir au courant de ce que tu fais.
Bises,

Marion »

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Nous remercions vivement Rebecca François du MAMAC (Nice)
et Elsa Hougue de la Fondation Hartung Bergman (Antibes) de leurs chaleureux accueils et conseils.